Le football est né comme un jeu de divertissement créé par des ouvriers anglais dans leurs quartiers. Le processus par lequel ce jeu s'est transformé en une compétition de dimension internationale mérite d'être examiné. La représentation des pays par leurs équipes nationales a parfois donné une dimension politique au football ; les matchs amicaux ont parfois contribué à améliorer les relations entre les États ; et les gestes accomplis au nom du football ont souvent constitué le premier pas vers l'amitié entre de nombreuses communautés. Les équipes de football ont assumé la mission de représenter dignement leur pays, tandis que les joueurs se sont vu confier celle de servir d'exemple à la société. C'est précisément pour cette raison que l'esprit sportif est devenu un principe sur lequel aucune concession ne doit être faite dans ce secteur.

 

Comme presque toutes les disciplines sportives, bien que le football ait des effets positifs sur la société et sur les relations entre les pays, ce sport très populaire a également entraîné un danger majeur : le fanatisme.

 

Le fanatisme constitue sans aucun doute un danger, non seulement dans le domaine du sport, mais aussi pour toute croyance et tout mode de vie, à chaque étape de l'existence. Le fanatique est atteint d'une maladie profonde qui le pousse à vouloir imposer aux autres ce qu'il considère comme la vérité. C'est pourquoi le fanatisme est le plus souvent associé à la violence. Dans le domaine du football, la situation n'a pas fait exception.

 

Tout au long de l'histoire, les actes de violence perpétrés par des supporters fanatiques ont souvent fait couler le sang sur les terrains de football et dans les tribunes des stades, qui auraient pourtant dû être des lieux où règne l’esprit sportif. Les agissements de ces individus enclins à la violence ont parfois éloigné le football de ce qu'il est censé être : un beau jeu et un sport. À tel point qu'aujourd'hui, le football est devenu le théâtre de rivalités qualifiées d’ancestrales entre certaines équipes, qui se transforment en bagarres et créent une atmosphère de confrontation qui attise la colère. Il ne fait aucun doute que la transformation du football en une industrie a largement contribué à cette évolution. Aujourd'hui, le football est devenu un secteur commercial où l’on parle de budgets astronomiques, avec des milliards en jeu lorsqu’il s’agit de financement, de transferts et de contrats de sponsoring. Si l’on considère que les bénéfices de la FIFA issus de la Coupe du monde 2022 se sont élevés à 6,314 milliards de dollars, la situation apparaît plus clairement.

 

Lorsqu'on examine le football sous son angle social, on constate que le fanatisme footballistique, hier comme aujourd'hui, a conduit à des actes de violence et de racisme d'une extrême gravité. À cet égard, le langage employé au cours du processus qui a transformé le football en une industrie revêt une importance particulière. Par exemple, les rencontres entre les grandes équipes sont presque toujours présentées par les médias d'une manière qui attise un fort esprit de rivalité. Les commentaires et les descriptions excessifs avant et après les matchs, qui alimentent cette rivalité, éloignent les supporters de l'esprit du jeu et les transforment pratiquement en hooligans.

La façon dont les fanatiques perçoivent le football les pousse à un point tel qu’ils sont prêts à « risquer la mort » pour leur équipe. Une personne animée d’une telle mentalité serait sans aucun doute également susceptible de commettre un meurtre au nom de cette cause. Le fait que certains hooligans se rendent aux matchs munis d'armes telles que des couteaux ou des barres métalliques aiguisées en est l'une des preuves les plus frappantes. En effet, nous savons tous que des rencontres de football organisées pour divertir les spectateurs ont coûté la vie à de nombreux jeunes. Plus regrettable encore, ce phénomène n’est pas régional, mais mondial.

 

Par exemple :

·      Le 24 mai 1964, après la victoire de l'Argentine sur le Pérou lors d'un match qualificatif pour les Jeux olympiques disputé au Pérou, des émeutes ont éclaté parmi les supporters, faisant 318 morts et 500 blessés.

·      À la suite d'un match de qualification pour la Coupe du monde de la FIFA 1970 opposant les deux pays voisins, le Salvador et le Honduras, une guerre de cent heures a éclaté. Entrée dans l'histoire sous le nom de « Guerre du football », elle a fait 2 100 morts et plus de 10 000 blessés, avant de prendre fin grâce à l'intervention de l'Organisation des États américains.

·      Le 29 mai 1985, lors des affrontements entre les supporters de la Juventus et de Liverpool pendant la finale de la Coupe d'Europe disputée en Belgique, 39 personnes ont perdu la vie. Le 14 juillet 1996, 50 personnes sont décédées lors d'un match en Libye. Le 11 avril 2001, 43 personnes ont trouvé la mort au cours d'un match en Afrique du Sud.

·      En 2012, à l'issue d'un match disputé en Égypte entre Al Ahly et Al Masry, au moins 74 personnes sont mortes et des milliers d'autres ont été blessées lorsque les supporters d'Al Masry ont envahi le terrain. Un groupe parmi eux a mis le feu au stade, et l'armée égyptienne a dû intervenir pour rétablir l'ordre public.

·      En 1996, une bousculade s'est produite dans un stade lors du match de qualification pour la Coupe du monde opposant le Guatemala au Costa Rica, disputé à Guatemala. L'incident a fait 84 morts et 147 blessés.

·      Lors de la Coupe du monde de la FIFA 1998 en France, à l'issue du match Allemagne–Yougoslavie disputé à Lens, des hooligans allemands ont agressé le policier Daniel Nivel ainsi que d’autres agents de police. L'incident n'a fait aucun mort, mais trois personnes ont été blessées.

·      Lors de la Coupe du monde de la FIFA 2006 en Allemagne, des affrontements ont éclaté à Stuttgart entre des supporters allemands et anglais. Aucun décès n'a été enregistré, mais neuf personnes ont été blessées.

·      En 2009, une bousculade s'est produite dans un stade lors du match de qualification pour la Coupe du monde entre la Côte d'Ivoire et le Malawi, disputé à Abidjan. L'incident a fait 22 morts et 132 blessés.

·      Avant la Coupe du monde de la FIFA 2010 en Afrique du Sud, une bousculade s'est produite lors du match amical Nigeria–Corée du Nord disputé à Johannesburg. Aucun décès n'a été signalé, mais entre 15 et 20 personnes ont été blessées.

·      Le jour de l'ouverture de la Coupe du monde de la FIFA 2014 au Brésil, des affrontements ont opposé des manifestants aux forces de police à São Paulo. Les incidents n'ont fait aucun mort, mais au moins 11 personnes ont été blessées.

·      Lors de la Coupe du monde de la FIFA 2022 au Qatar, à la suite de la demi-finale France–Maroc, une personne a été tuée à Montpellier à la suite d'une collision entre véhicules survenue lors des troubles qui ont éclaté. Le nombre exact de blessés n'a pas été clairement établi.

·      Au cours des célébrations de la victoire de l'Argentine à la Coupe du monde 2022, des incidents liés aux mouvements de foule et à des affrontements se sont produits à Buenos Aires. Aucun décès n'a été enregistré, mais 18 personnes ont été blessées.

·      Pendant la Coupe du monde 2022, des incidents liés à la rivalité entre les supporters argentins et brésiliens ont éclaté au Bangladesh. Lors de ces incidents, 23 personnes ont trouvé la mort, 35 ont été hospitalisées et 45 autres ont été blessées.

Les incidents que nous venons d'évoquer ne représentent qu'une infime partie des conséquences tragiques engendrées par le fanatisme dans le football. Il convient également de souligner que le racisme dans le football a atteint des proportions alarmantes. Les joueurs, les arbitres et les supporters peuvent facilement être la cible d'injures et d'insultes en raison de leur nationalité, de leur origine sociale ou de leur religion.

« La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse (le mal) par ce qui est meilleur ; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux. » (Sourate Fussilat, 34)

Il est essentiel de sortir le football de ce cercle vicieux. Les déclarations de ceux qui encouragent le fanatisme, la violence et le racisme dans le football, ou qui mènent une propagande dans ce sens, ne devraient pas trouver d'écho dans les médias. Ceux-ci ne devraient en aucun cas soutenir le racisme ou le fanatisme. Mais surtout, des mesures devraient être prises contre les idées racistes et hooliganesques avant même qu’elles ne voient le jour. Une éducation fondée sur l'amour revêt une importance capitale à cet égard. On sait que la caractéristique fondamentale des personnes qui se comportent envers les autres de manière dépourvue d’amour, intolérante, accusatrice et discriminatoire est qu’elles agissent sur la base de préjugés. Il ne faut pas oublier que le mépris, le rejet, l'isolement et l'exclusion engendrés par ces préjugés peuvent conduire à attiser la haine, la violence, voire la brutalité chez certaines personnes.

« qui dépensent dans l’aisance et dans l’adversité, qui dominent leur rage et pardonnent à autrui - car Allah aime les bienfaisants ; » (Sourate Al ‘Imran, 134)

Grâce à une éducation spécialement destinée aux supporters de football, ce sport peut également se transformer en un cadre éducatif qui guide les gens vers une voie positive. Ce secteur, dont l'influence est considérable, ne devrait plus être associé au hooliganisme, à une rivalité nourrie par la colère et à la violence ; et grâce à une transformation en profondeur, l’accent devrait être davantage mis sur l’amour et la fraternité au nom du football.

 

À cet égard, les équipes de football, les médias et, bien entendu, les joueurs auront une part de responsabilité majeure. Tous les secteurs, de l'art à l'industrie, ont un rôle essentiel à jouer pour faire de l'amour une valeur partagée dans le monde. Le football devrait en faire partie.

« Les croyants ne sont que des frères. Etablissez la concorde entre vos frères, et craignez Allah, afin qu’on vous fasse miséricorde. » (Sourate al Hujurat, 10)